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La pleine conscience est une tendance mondiale relativement récente - mais au Japon, elle est ancrée dans la culture depuis des siècles.

La pleine conscience consiste à prendre conscience de chaque moment.

Cela peut sembler bien éloigné du concept qui, depuis quelques années, est devenu synonyme de ce que les Japonais appellent « zazen », la méditation jambes croisées sur un coussin. Mais d’après Jon Kabat-Zinn, Professeur émérite de médecine à l’École de médecine de l’Université du Massachusetts, où il a fondé sa célèbre Mindfulness-Based Stress Reduction Clinic (clinique de réduction du stress fondée sur la pleine conscience) en 1979, la recherche de la pleine conscience « ne consiste pas vraiment à s’assoir en position du lotus… et à rester immobile telle une statue du British Museum. En termes simples, la pleine conscience consiste à prendre conscience de chaque moment. »

Et cet état d’esprit est profondément ancré dans la psyché japonaise depuis des siècles. Les gens n’en parlent pas, mais elle se manifeste de très nombreuses manières.

Ainsi, par exemple, la cérémonie du thé, la poésie haïku et la contemplation des cerisiers en fleurs ont pour caractéristique commune cette sublimation du moment présent. Lors de la cérémonie du thé, les participants prennent le temps d’admirer la tasse avant de boire. De même, ils apprécient la décoration de la pièce où le thé est servi, qui reflète le feuillage et les floraisons du mois. Mais au-delà de cette pure observation, la cérémonie célèbre le fait que ce moment, passé avec cette personne dans ce lieu précis, ne se reproduira jamais.

La poésie haïku, une tradition littéraire japonaise qui remonte au 17e siècle, a élevé cette célébration du moment présent au rang d’art renommé à l’échelle mondiale. Les poètes haïku tentent de capturer l’essence du moment en seulement 17 syllabes, en utilisant des images évocatrices de la nature pour transmettre une sensation « Zen » d’illumination soudaine. Le plus célèbre est le haïku de la grenouille de Matsuo Basho, dont la traduction depuis le japonais donne ceci :

  • Un vieil étang
  • Une grenouille plonge
  • Le bruit de l’eau

Et cette célébration du moment présent n’est nulle part aussi évidente que dans la contemplation des cerisiers en fleurs, qui subjugue toute la nation chaque printemps. Pourquoi un tel engouement ? Parce que ces fleurs sont éphémères, et ne durent pas plus d’une semaine environ. « Pour les Japonais, la fugacité est l’essence même de la beauté », a déclaré le moine Zen et paysagiste Shunmyo Masuno.

Pour les Japonais, la fugacité est l'essence même de la beauté.

La fugacité est également célébrée au travers de dizaines de pratiques moins connues, comme la contemplation de la lune. On ne peut s’empêcher d’admirer un pays qui consacre une soirée spéciale en septembre à la contemplation de la pleine lune. Ou qui organise des festivals somptueux en remerciement du travail effectué par des objets inanimés, des vieux couteaux de cuisine aux aiguilles à coudre usagées, en passant par les pinceaux de calligraphie.

N’oublions pas non plus les rangs toujours plus nombreux des « moss girls ». Partiellement inspirée du best-seller de Hisako Fujii « Mousses, mes chères amies », la contemplation de la mousse est de plus en plus tendance au Japon, surtout chez les jeunes femmes, qui participent à des visites guidées dans les forêts japonaises les plus tapissées de mousses. Il ne s’agit pas simplement de s’arrêter pour respirer les roses : les « mossgirls » se mettent littéralement à quatre pattes et contemplent ces élégants lichens à la loupe.

Et si la mousse peut sembler quelque chose d’insignifiant aux moins conscients d’entre nous, rappelons-nous qu’aucun jardin Zen n’est complet sans ses roches ou lanternes de pierre recouvertes de mousse. C’est là l’incarnation vivante du « wabi-sabi », l’esprit d’impermanence humble et rustique qui définit l’esthétique japonaise.

Mais la recherche japonaise de la pleine conscience ne se limite pas à l’observation de fleurs et d’insectes. Ses innombrables applications pratiques, toutes conçues pour aider à « vivre l’instant présent », régissent pratiquement chaque aspect de la vie quotidienne. À l’école, la journée commence et se termine par une brève cérémonie, où l’on échange des salutations et où les événements du jour sont annoncés. Avant et après chaque cours, les étudiants et l’instituteur se lèvent, se saluent en s’inclinant et se remercient mutuellement. Et avant de démarrer la leçon, les étudiants sont invités à fermer les yeux pour focaliser leur concentration.

De même, les ouvriers du bâtiment s’adonnent à des étirements collectifs pour aborder la journée de travail. Au bureau, un collègue vous dira « Otsukaresama », (littéralement, « vous êtes fatigué »), en guise de remerciement pour le travail que vous avez accompli. Lorsque vous tendez votre « meishi » (carte de visite) à quelqu’un que vous rencontrez pour la première fois lors d’une réunion, il l’examinera attentivement et formulera un commentaire, se gardant bien de la fourrer simplement dans sa poche.

Pour Kabat-Zinn, ces pratiques sont une façon de « prêter sciemment attention à des choses auxquelles nous n’accordons généralement pas la moindre pensée ». Elles vous aident à rester conscient de l’endroit où vous vous trouvez et de ce que vous faites tout au long de la journée, plutôt que de tituber d’une heure à l’autre en pilotage automatique, focalisé sur le moment où vous pourrez enfin rentrer au bercail.

Comme une grande partie de la culture japonaise, tous ces usages trouvent leurs racines dans le Zen. « La recherche de la pleine conscience fait partie de la tradition bouddhiste depuis des siècles », explique Takafumi Kawakami, moine au temple Shunko-in de Kyoto. À l’ère Kamakura (1185-1333), le Zen s’est répandu dans la classe des samouraïs et a exercé une influence formative sur les arts, y compris la cérémonie du thé, la composition florale et le paysagisme. À l’époque d’Edo (1603-1868), une période de paix, le Zen s’est immiscé jusque dans l’éducation des gens du commun.

Pour ses pratiquants, le Zen est une attitude qui imprègne chaque action : prendre son bain, cuisiner, nettoyer, travailler. « Chaque activité et comportement dans la vie de tous les jours est une pratique [du Zen] », commente Eriko Kuwagaki du temple Shinshoji de Fukuyama, dans la préfecture de Hiroshima.

Une ancienne et savoureuse histoire Zen, reprise dans « Le Zen en chair et en os », l’anthologie de textes Zen de Paul Reps parue en 1957, illustre ce point. Après avoir étudié de nombreuses années pour devenir professeur de Zen, Teno est parti rendre visite à Nan-in, un vieux Maître Zen. Il pleuvait abondamment et, comme il est d’usage, Teno laissa ses sandales et son parapluie à l’entrée avant de pénétrer dans la maison de Nan-in.

Chaque activité et comportement dans la vie de tous les jours est une pratique [du Zen].

Après les salutations mutuelles, Nan-in demanda à Teno : « As-tu laissé ton parapluie à gauche ou à droite de tes sandales ? » Incapable de répondre, Teno réalisa qu’il était encore loin d’atteindre le Zen, et repartit étudier pour six années de plus.

La plupart d’entre nous ne voudront sans doute pas aller aussi loin. Cependant, la question de Nan-in n’est pas moins pertinente, car de plus en plus de chercheurs constatent que la conscience du moment présent ne fait pas que stimuler la résilience au stress et le bien-être : elle réduit également les niveaux d’anxiété et de dépression.

Leah Weiss, enseignante spécialisée du programme de développement de la compassion de l’Université de Stanford, fait partie du nombre croissant d’experts qui prônent « la recherche active de la pleine conscience ». La pleine conscience doit être pratiquée tout au long de la journée, et non pendant seulement 10 minutes de méditation. Selon Weiss, cette attitude consiste à « devenir pleinement conscient de vos pensées, de vos sentiments et du monde qui vous entoure, même alors que vous êtes engagé dans une autre activité ».

Source : Steve John Powell, 2017