La pratique d’un instrument favorise le langage

Nous ne sommes pas tous égaux dans un environnement bruyant.

Peut-être en avez-vous déjà fait l’expérience ? Vous tentez à tout prix d’écouter votre interlocuteur passionnant mais avez beaucoup de mal à isoler ce qu’il dit du bruit ambiant. Pourtant, à force de concentration, vous y êtes parvenu. Notre cerveau a en effet une incroyable capacité à focaliser sa perception sensorielle sur des stimuli pertinents.

Saviez-vous qu’un musicien aurait dû se donner beaucoup moins de mal que vous (à moins que vous ne jouiez aussi d’un instrument) ?

En effet, il s’avère que le cerveau des musiciens parvient, même dans un brouhaha, à mieux isoler les sons émis par leur interlocuteur. Ils synchronisent les différentes aires de traitement du langage. D’après les recherches de Robert Zatorre et ses collègues neuroscientifiques de l’université de Montréal, il semble que les capacités de perception du langage sont effectivement améliorées par la pratique de la musique. Nos chercheurs ont ainsi soumis des volontaires musiciens et non musiciens à l’expérience suivante : les deux groupes respectifs ont été placés dans une IRM tandis qu’on leur faisait écouter des suites de syllabes auxquelles s’ajoutait progressivement un bruit de fond destiné à brouiller la perception, comme dans une salle bondée. Il s’est avéré que les musiciens distinguaient mieux les syllabes que le groupe ne jouant pas d’un instrument. On peut expliquer cette aptitude par le fait que l’oreille et la partie du cerveau qui traitent les sons sont davantage habitués à dissocier des notes parfois semblables, ainsi que les différentes voix d’une partition s’il y a plusieurs instruments.

Une meilleure perception du langage

La meilleure capacité de perception qui s’opère dans le cerveau des musiciens se traduit de trois façons. Premièrement, les musiciens entendent mieux. Même dans un environnement bruyant par exemple, leur cortex auditif continue à coder les sons sous forme d’influx électriques. Deuxièmement, leur aire de Broca, destinée au langage, fonctionne davantage. Cette aire du langage s’active automatiquement dès qu’il y a un échange oral. C’est d’ailleurs cette mise en action motrice de la bouche et de la langue qui nous permet de deviner les mots qui vont suivre lors d’une conversation. Mais cela ne peut fonctionner que si l’aire de Broca transmet de telles prédictions au cortex auditif qui entend ce que dit l’autre. On en arrive au troisième point : la connexion entre les régions auditives et motrices est accentuée chez les musiciens, tant au sein d’un même hémisphère cérébral que d’un hémisphère à l’autre.

Passionnant tout cela n’est-ce pas ? Alors, qu’allez-vous concrètement entreprendre pour vous préparer pour votre prochaine soirée de networking afin de bien tout comprendre ? Commander un appareil auditif pour l’occasion ou vous empresser de reprendre vos cours de musique et retrouver votre guitare qui prend la poussière dans un coin de votre chambre ?

sources:
https://www.cerveauetpsycho.fr/sd/neurosciences/la-musique-ameliore-le-langage-12798.php
https://www.mcgill.ca/newsroom/fr/channels/news/une-formation-musicale-facilite-le-decodage-du-langage-dans-un-environnement-bruyant-283335